10 janvier 2006

La cravate

N°8 – 08/01/06 – 15h15

Ce matin mon chat m’a parlé. Il m’a dit que ma cravate n’allait pas avec ma chemise. Je l’ai regardé incrédule pendant un moment, c’était la première fois que je l’entendais parler. Il était allongé dans la corbeille à linge. Il sait très bien que j’ai horreur qu’il se mette là. Je le suspecte d’ailleurs de m’avoir parlé pour faire diversion.

« Tu t’y connais en cravates, Lotus ? » lui ai-je demandé. Il m’a regardé avec ses deux grosses billes dorées, visiblement vexé. J’ai considéré ma question un instant. C’est vrai qu’il est assez élégant mon chat, il porte des rayures châtaigne alternées avec d’autres plus foncées sur fond beige. C’est très distingué. Ses pattes sont blanches, les quatre, comme pour souligner que c’est un chat d’une certaine classe. Je lui demandai de m’excuser.

Je suis retourné dans ma chambre et sélectionnai une autre cravate. Une marron et or, un peu comme la fourrure de mon chat, pour aller avec ma chemise bleu ciel. Je suis  retourné dans la salle de bains pour finir de me peigner. Il était encore là. Je lui ai lancé un regard moqueur en lui demandant : « alors ? ». Je n’ai pas eu le droit à une réponse. J’ai donc terminé de me préparer en l’ignorant. Je me suis parfumé et je suis sorti.

Contenté, je me suis fait un café. Pendant que mon expresso coulait, il a sauté sur le plan de travail et me regarda griller mon pain. Son regard allait et venait entre moi et les toasts. Je finis par lui dire : « quoi, tu en veux un ? ». A priori, c’était ça. Je lui ai donc grillé une tartine, que j’ai beurrée. Je m’apprêtais à mettre la confiture de fraise quand il a produit un « pffff » agressif. « Pas besoin d’être désagréable » lui ai-je dit en étalant la gelée d’abricot. Je lui ai coupé sa tartine en petits morceaux que j’ai poussé devant lui. Il a mangé silencieusement.

J’étais un peu nerveux. Ce matin, je devais présenter la consolidation des comptes de ma société devant ma directrice et nos auditeurs. Elle ne m’aime pas et elle attend le moindre faux pas de ma part pour me foutre à la porte. Elle ne comprend pas très bien ce que je fais, alors elle a beaucoup de mal pour me prendre à défaut. Mais avec les auditeurs, c’est une autre affaire.

Lotus est venu se coller contre mes jambes comme pour me donner du courage. Je lui ai caressé la tête. Tout à coup, je réalisai qu’il était déjà 7h30, j’allais être en retard. En me chaussant, je me demandais si je devais prendre la voiture ou aller au travail en transports. A 7h30, le périphérique allait être bouché mais, il fallait que je sois bigrement chanceux pour attraper un RER. Je ne connais pas les horaires et il y en a un toutes les 20 minutes seulement. Au moment de saisir les clés de la Volvo, Lotus est monté sur le guéridon et d’un coup de patte, les a fait tomber derrière, contre le mur.

« Ah bravo, je n’avais pas vraiment le temps pour ça ! ». Plutôt que de perdre cinq minutes additionnelles, je suis parti en courant vers la gare RER et par chance, le train faisait son apparition au loin. Je suis monté quand le signal de la fermeture des portes retentit. Je glissai les écouteurs de ma petite radio dans les oreilles, un peu de musique me ferait du bien avant l’épreuve de la matinée. Au flash info traffic, ils annonçaient 50 minutes de la porte d’Orléans à la porte Maillot. L’intervention de Lotus m’avait donc été profitable

Je suis arrivé pile à l’heure à ma réunion. La directrice attendait devant la salle de réunion. « Belle cravate, Gérard, il y a une femme dans votre vie ou vous avez pris un cours pour vous habiller comme il faut ? Allez, enfin, dépêchez vous, les auditeurs attendent pour les comptes consolidés… ». A la pause, j’ai appelé mon chat pour le remercier.

16h16

Posté par Miguel Margarido à 02:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur La cravate

Nouveau commentaire