03 janvier 2006

La sortie

N°5 – 03/01/06 - 22h30

Elle descend les escaliers doucement. Elle ferait mieux de prendre l’ascenseur mais elle en a peur. Si on s’accroche à la rambarde, il n’y a pas de danger. Et puis elle n’habite qu’au second, ça lui fait faire de l’exercice après tout. Quand elle arrive en bas, elle s’assure que le sol n’est pas humide. Vers onze heures le concierge n’a pas encore lavé les parties communes, normalement. Normalement.

Quand elle sort, elle se rend compte qu’il fait froid. Elle aurait dû enfiler son gilet. Mais c’est compliqué avec son bras. Des fois, Clotilde, l’aide ménagère l’aide un peu avec ses gilets et ses manteaux. Mais, Clotilde, c’est le lundi et le jeudi. Et aujourd’hui, on est mardi.

La rue est si calme. Elle respire à fond. Elle entend miauler. C’est le chat jaune. Il est vilain, il a le poil rêche et une oreille croquée mais elle l’aime bien quand même. Il est sur le petit muret du voisin, ça tombe bien, elle n’aura pas à se mettre à genoux pour le caresser. Il vient se coller contre elle. On dirait qu’il suffit de tendre la main et il se caresse tout seul, le chat jaune.

Elle reprend son chemin. Elle passe par le square. C’est à peine plus long et c’est tellement plus joli. Il est désert. Les enfants, ils viennent plutôt l’après-midi. Elle longe la haie. Il y a des jeunes à l’autre bout qui la montre du doigt. Ils se moquent, on dirait. Oh, elle ne leur en veut pas. C’est pas bien méchant.

Il y a du vent. Elle tremble un peu. On est en avril mais les beaux jours ne sont pas encore arrivés. Sur le trottoir d’en face, il y a Monsieur Barne avec son chien d’aveugle. Elle traverse pour le saluer.

-         Monsieur Barne, ça va bien ?

-         Jacqueline, bonjour. Ça va, ça va.

-         Il est nouveau ce costume, Monsieur Barne ? dit elle en caressant le labrador qui ferme les yeux de plaisir.

-         Oui, mes enfants m’ont emmené faire les magasins, samedi dernier.

-         Vous êtes très élégant.

-         Merci Jacqueline, mais pas tant que vous.

-         Qu’est-ce que vous en savez, après tout ?

-         Je m’en doute, Jacqueline, je m’en doute !

-         Allez, bonne journée. Et elle retraverse la rue lentement puis elle longe la contre allée.

Quand elle arrive près de la route, elle regarde bien. La dernière fois, il s’en était fallu de peu. Elle a le temps de traverser si le bonhomme vient juste de passer au vert. Sinon, il faut attendre le prochain tour. C’est bon, il vient juste de passer au vert. Elle se dépêche. Une voiture arrive au loin. Elle n’a pas fini de traverser que le conducteur klaxonne en faisant de grands gestes. Ah, c’est pas bien grave. Les gens ne sont plus très patients, c’est bien connu.

Elle se dépêche d’arriver à la boulangerie. Elle entre, il fait meilleur à l’intérieur. La sonnette retentit. Les Paris-Brest ont l’air gros aujourd’hui. De toutes façons, elle prend toujours un Paris-Brest, qu’ils soient gros ou petits. Elle entend les pas de la boulangère.

-         Ben Madame Gervaux, ça va pas la tête ? Vous êtes toute nue ! Venez par ici, que je vous prête une robe de chambre. C’est pas sérieux ça. Vous aurez du bol si vous n’avez pas attrapé une pneumonie. Venez, je vous dis.

22h30

Posté par Miguel Margarido à 23:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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